Quatre villes pour un food tour d’Europe en train : jour 3, Amsterdam

Cette semaine Club Sandwich fait un petit tour en Europe avec un pass Interrail dans la poche. Troisième jour, après Londres et Bruxelles, direction Amsterdam.

© Pxhere

Week-end à Meda ! Voilà une belle exclamation souvent lancée par des groupes de potes quasiment 100 % masculins et en possession d’une Renault Clio 2 lorsque le vendredi soir sonne la quille. Ici, c’est en train, et en compagnie moins enfumée, que nous prenons la direction des Pays-Bas. Alors que le soleil est toujours de la partie, on met le cap sur le nord d’Amsterdam pour se rendre à De Ceuvel, incroyable lieu mi-hippie mi-futuriste.

I’m on a boat!

(© De Ceuvel)

Vu du ciel, l’ancien chantier naval de De Ceuvel, à une vingtaine de minutes du ferry gratuit qui relie la Centraal Station au nord d’Amsterdam en plein développement, ressemble à un cimetière d’anciens bateaux transformés en bâtisses, le tout posé sur une mer verte d’herbes sauvage. Le lieu, à la terre polluée par des années d’exploitation, revit depuis 2014 grâce à une équipe de jeunes architectes et restaurateurs idéalistes, ayant transformé l’endroit en un village de travail axé sur le développement durable.

(© Club Sandwich)

Esmee, cofondatrice du projet, nous explique ce qui se passe ici, le tout autour d’une limonade maison à la fleur de sureau et d’un sandwich peu ordinaire. Seul élément non végétarien de la carte, il est garni d’oie sauvage. Mais pas n’importe quelles oies : ici, le chef récupère celles de l’aéroport de Schiphol, situé à quelques kilomètres de la ville, où elles sont chassées afin de ne pas gêner les avions.

"Ces oiseaux sont forcément tués, c’est une histoire de sûreté. Alors, plutôt que de les mettre à la poubelle, on les récupère pour les cuisiner. Ici, on ne perd rien."

Serres en permaculture, énergie renouvelable, potagers flottants, système de filtration qui utilise des plantes : les architectes du lieu ont repensé chaque détail pour revitaliser cette zone longtemps délaissée. Bière du cru, gaspacho glacé avec les herbes récoltées sur place, la carte du café vaut le détour. Après cela, il ne reste plus qu’à se poser sur un canoë sur le canal longeant l’endroit. De quoi passer plusieurs heures à refaire le monde, entre idéalisme écolo et nouvelles technologies pour sauver le monde.

(© Club Sandwich)

Au nord d’Amsterdam

En restant au nord à moins de dix minutes à vélo, le magnifique restaurant Stork borde l’eau. Dans ce décor industriel devenu chic, on sert la pêche du jour, à arroser de cocktails et de bières locales à la mode. Grande terrasse en béton, parfaite pour découvrir la ville depuis l’autre rive.

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Une petite nuit en prison

(© Club Sandwich)

De l’autre côté d’Amsterdam, c’est une ambiance différente. Comme sortie d’un film apocalyptique hollywoodien au bord des rails, la prison de Bijlmerbajes s’élève tout droit vers le ciel. Alors que les six grandes tours du pénitencier seront démolies dans quelques mois et qu’aucun détenu n’est encore enfermé ici, l’une d’elles s’est transformée pendant quelques mois en hôtel éphémère, tenu par des réfugiés. Ce Movement Hotel, pensé par l’ONG Movement On The Ground, renferme aussi une salle de boxe, un hammam, et un restaurant employant de jeunes cuisiniers syriens.

L’hôtel, qui fermera ses portes après l’été, s’est installé sur trois niveaux de la prison, où les cellules se sont transformées en petites chambres au confort minimum. Que ce soit par solidarité ou pour vivre l’expérience prison, les peintures colorées et le mot "freedom" peint sur le mur de chaque chambre n’effacent pas la dureté du lieu. Les fenêtres donnent sur une cour triste et immense, et le poids de l’isolement se fait sentir dans ce dédale de couloirs construit pour désorienter et faire couler le temps autrement. Le houmous, humble et magnifique, préparé par les gars du petit restaurant situé dans une seconde cour intérieure, réchauffe les cœurs avant de passer une nuit dans un calme étrange.

Go slow

Au matin, l’air frais du centre d’Amsterdam nous redonne des couleurs. Breakfast chez Toki, récemment conseillé par un collègue. Alors que le centre d’Amsterdam grouille déjà de vélos et de touristes, le coffee shop paisible et trendy, avec son banc en béton marbré, donne la note avec sa devise : Go slow. Belles tartines ricotta et confiture, matcha glacé et granola, Toki la joue aplats de couleur, dans l’assiette et sur les murs. Trendy, mais toujours malin.

La valise glisse jusqu’à la gare, direction Berlin pour notre dernier stop de ce tour d’Europe intense et délicieux.