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Derrière la sauce tomate "made in Italy", le juteux business de la Mafia et le drame de la mondialisation

Dans son livre L’Empire de l’or rouge : enquête mondiale sur la tomate d’industrie, le journaliste Jean-Baptiste Malet raconte l’histoire du business impitoyable du fruit le plus consommé au monde et comment la Mafia a pris le contrôle de ce produit de grande consommation que l’on retrouve dans les rayons de nos supermarchés sous forme transformée.

(© Tony/Flickr/CC)

(© Tony/Flickr/CC)

Après deux ans et demi d’investigation, Jean-Baptiste Malet, l’auteur d’une précédente enquête sur les pratiques managériales d’Amazon, revient avec un livre et un documentaire sur les enjeux du "tomato business". Si le sujet peut d’abord prêter à sourire, ses conclusions n’ont vraiment rien de drôles. "Derrière ce produit banal se cache une violence extrême", explique l’auteur au Parisien. Il analyse ainsi la question de la mondialisation à travers le prisme de la tomate d’industrie, une matière première incontournable de notre alimentation dont les enjeux nous dépassent.

Il dévoile comment ce pan de l’industrie agroalimentaire est aujourd’hui tenu d’une main de fer par des organisations criminelles mafieuses comme la Camorra ou la Cosa Nostra qui blanchissent leur argent sale en inondant le marché européen de sauces, coulis, ketchup et autres concentrés de tomates estampillés "made in Italy" mais venant en réalité de Chine (2e producteur mondial de tomate d’industrie), de Californie ou d’Espagne – où elles sont souvent récoltées par des migrants exploités. Une enquête qui dénonce, si cela était encore nécessaire, le manque de normes au sujet de la traçabilité des produits que nous mettons dans nos assiettes, mais aussi ce que nous finançons malgré nous en remplissant notre panier.

"Les consommateurs ne savent pas ce qu’ils mangent"

En déroulant le fil de la production internationale des tomates, Jean-Baptiste Malet a fini par atterrir dans la province chinoise du Xinjiang. Celle-ci produit 1,8 million de tonnes de tomates par an, au sein de grands conglomérats tenus par des généraux de l’armée, qui n’hésitent pas à exploiter des enfants et à imposer leurs prix aux paysans. Conditionnées en barils sous forme de concentré, ces tomates sont expédiées à travers 76 pays dans le monde et utilisées par les multinationales de l’agroalimentaire (et c'est comme ça qu'on fait du ketchup).

Là où l’histoire commence un peu plus à nous concerner, c’est au moment de leur reconditionnement, (dans le Sud de l’Italie notamment) sous l’étiquette "produit en Italie" dans des conserveries principalement détenues par des organisations mafieuses qui alimentent ensuite toute l’Europe. Comme l’explique Le Parisien, ces conserveries sont exemptées de droits de douane dans l'Union européenne puisqu’elles sont censées produire au niveau local.

Cela permet aux organisations criminelles de blanchir leur argent sans prendre trop de risques, les peines encourues pour faux étiquetage de conserves n'étant pas accablantes. En revanche, leurs bénéfices sont bien juteux : Jean-Baptiste Malet estime les recettes de "l'or rouge" de la Mafia à 15,4 milliards d’euros en 2014. "La criminalité dans l’agroalimentaire a pris une telle ampleur en Italie que les institutions la désignent sous le terme d’agromafia", conclut-il.

Désormais, vous regarderez peut-être différemment vos pizzas, boîtes de coulis de tomate ou ketchup différemment.

L’Empire de l’or rouge : Enquête mondiale sur la tomate d’industrie, de Jean-Baptiste Malet (Fayard).