En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

City guide : Barcelone côté food en 24 heures et quatre adresses

Quatre établissements pour se mettre en bouche lors d’une journée en forme de menu dégustation.

(© unsplash / Toa Heftiba)

La canicule parisienne s’essouffle à peine qu’on décide de rallumer la flamme ! Direction el calor calor de la plus foodista des cités de la péninsule Ibérique, j’ai nommé Barcelona ! Si vos trips entre potes dans la Ciudad Condal sont bien souvent bercés par les mojitos vendus à la volée sur la plage de la Barceloneta, les pintxos plus ou moins comestibles de las Ramblas et le très instagramable smoothie chopé à la Boqueria, chez Club Sandwich, on a préféré se délecter du vrai Barcelone. Du coffee shop new wave à la taverne catalane authentique en passant par l’une des meilleures adresses de la gastrosphère mondiale tenue par el rey de la cuisine moléculaire, on vous donne matière à mordre Barcelone à pleines dents, en 24 heures chrono.

10 heures : un brunch chez Satan’s Coffee Corner

Pour attaquer les déambulations touristiques dignement, on se perd dans les ruelles étroites du Barri Gòtic en quête du paradis du café barcelonais. Chez Satan’s, la carte murale affiche un "No wifi, no baby-trolleys, no decaf, no vanilla, fuck Tripadvisor". D’entrée de jeu, le ton est donné ! Le latte art se dessine derrière la Marzocco et les baristas dévoilent une concentration chirurgicale lors de la préparation du café filtre à l’Aeropress, avec les grains de Right Side Coffee, l’une des meilleures maisons de torréfaction espagnoles. Avec ses teintes bleu nuit-rose pastel et une configuration géométrico-perturbante, ce coffee shop arbore un look unique avec des inspirations venues tout droit de Brooklyn croisées avec des influences copenhagoises… Mais dans l’assiette, c’est le goût nippon qui prédomine à l’heure du petit-déj. Le chousyoku, traditionnel met matinal, consiste à faire du ping-pong entre des tranches de poitrine de porc marinées, un œuf cuit à basse température, des légumes pickles et fermentés, une soupe miso et un bol de riz bien garni. Les faims ravageuses font une escale latino avec le sandwich au porc, à la purée de patate douce et aux piments confits. Et pour un dépaysement moindre, on tape dans le porridge coiffé d’une démoniaque banane caramélisée et framboises déshydratées ou le morning bun dégoulinant de caramel.

14 heures : des tapas chez Suculent

Niché dans El Raval, quartier mi-branché, mi-mal famé, Suculent est une néotaverne, ou bien "maison de nourriture" comme elle aime s’autoproclamer, plébiscitée par les foodies locaux. Après une matinée à la plage, on s’accoude à la cool au comptoir pour discutailler, en catalan si l’envie vous prend, avec le drôlissime tenancier. On trinque avec un cava de la région avant de voguer dans cet océan de tapas créatives partagées entre classiques ibérico-catalans et remastérisations au goût de l’époque.

Imaginez en prémices, des croquetas de folie à la queue de bœuf et champignons de saison ainsi qu’un pa amb tomàquet, pain grillé teinté de pulpe de tomate fraîche, suivies d’un ssam de poulpe, sorte de taco coréen façonné avec une feuille de laitue enveloppant un poulpe snacké et son kimchi hot hot. On poursuit avec l’anguille fumée façon carbonara, le ceviche de crevettes rouges de la Méditerranée à la chair crue, escortées d’une crème de maïs et avocat, et l’iconique os à moelle couvant un tartare de bœuf puis orné d’œufs de poisson et pommes de terre soufflées… Succulent !

19 h 30 : pintxos tradi chez Quimet y Quimet

Il faut s’échapper des artères touristiques pour découvrir l’authenticité à la catalane. Direction le populaire Poble Sec ! Barcelone, comme toutes les villes de la péninsule Ibérique, prend l’apéro très au sérieux. Ici, une boisson arrose toujours une tapa ou un pintxo, cette petite bouchée composée de pain surmonté de quelques produits gourmet. Chez Quimet y Quimet, l’une des bodegas les plus iconiques de la ville, la quintessence du terroir se pavane sur les biscottes artisanales. Après avoir joué du coude-à-coude avec une faune de gastronomes locaux et internationaux, on crie sa commande au comptoir. "Una de salmon y miel, de torta y castañas y un vino blanco !" La voici débarquant dans les mains d’une ancienne l’ayant préparé avec amour. L’iode du saumon fumé forme un duo caractériel avec le sucré sensuel d’un miel truffé ; la torta del Casar, un fromage crémeux et puissant d’Extremadure, s’adoucit au contact des châtaignes confites ; l’oursin s’acoquine aux moules dans un mariage marin ténébreux… La simplicité des produits est déconcertante, mais leur alliance créative détonne sur le palais. À arroser d’un vermouth maison ou d’une bière brassée par Quimet lui-même.

21 heures : folie moléculaire par Ferran Adrià chez Tickets

Après des mois à attendre le précieux ticket d’entrée (réservation conseillée 3 mois à l’avance), la magie Adrià nous électrise et change notre vision de la gastronomie à tout jamais chez Tickets, l’une des meilleures tables de la planète classée au "50 Best". Les frères Adrià, papes de la cuisine moléculaire et fondateurs d’El Bulli, reconceptualisent les tapas de "toute la vie" dans un esprit déjanté, divertissant mais gastronomiquement abouti. Du fine dining décomplexé voit donc le jour dans cet écrin spectaculaire pensé comme une maison des arts : les serveurs défilent en uniforme de cirque et la bande-son enchaîne les tubes flamenco et populo-hispaniques, comme dans la plus authentique des ferias. À table, un ballet de bouchées d’avant-garde, aux saveurs franches et techniques futuristes, nous fait vivre "la vida tapa".

En amuse-bouche, une unique olive… Boom ! Sur le palais, c’est l’explosion. En réalité, c’est un jus d’olive passé de l’état liquide au solide grâce à la sphérification, technique phare de la cuisine moléculaire. La planche de charcut’ ? Elle se pare de deux bijoux new wave : l’"air baguette", un pain soufflé enveloppé d’une tranche de bœuf Wagyu, et l’"air bag" où la même base se garnit d’une mousse de fromage manchego puis s’orne de caviar d’huile d’olive. Pour le détour nippon, le cube de nori et pomme de terre déshydratée se coiffe d’un tartare de thon épicé quand l’aubergine braisée se pose sur une meringue de riz façon nigiri des temps modernes.

Font souffler un vent nordique le Porex de Kalix, un nuage composé de dashi et raifort puis surmonté de caviar de Kalix (œufs de poisson suédois) ainsi que le Nordic Landscape, un toast de pain noir sec sur lequel se dressent un bœuf de Galice maturé, une crème de fromage fumé, des pickles d’échalote et une pluie de neige vinaigrée. Le taco façon ssam de porc braisé ultracroustillant, le poulpe habillé de chapelure de céréales à tremper dans une mayonnaise de kimchi, l’asperge brûlée piquée d’un bâton de réglisse et la caille enceinte d’aubergines et de ses œufs durs font monter le miamomètre crescendo.

Pour la redescente sucrée, on change de salle direction La Dolça. C’est dans un décor fantasmagorique digne de Charlie et la chocolaterie que l’on slurpe une sphère de litchi cachée dans une rose et que l’on croque le meilleur cheesecake EVER composé d’un brie fondu refroidi, recouvert de chocolat blanc puis escorté de biscuits beurrés à la pointe saline… Orgasmique.

Satan’s Coffee Corner : 11 carrer de l’Arc de Sant Ramon del Call

Suculent : 43 rambla del Raval

Quimet y Quimet : 24 carrer del Poeta Cabanyes

Tickets : 164 avenida del Paral⋅lel