Lifes Is Meals (© Knopf)

Avant Instagram, on tenait des petits carnets pour se souvenir de ses repas

Et si on s'y remettait ?

Lorsqu’on mange au restaurant, le réflexe de prendre nos assiettes en photo est souvent devenu plus fort que nous. Une manière de garder une trace de ce repas, de garder en tête une adresse ou tout simplement de partager tel ou tel plat à son entourage.

Mais lors de repas de famille ou d’apéritifs dînatoires à domicile, on prend parfois moins souvent le temps d’immortaliser ces moments de vie précieux liés à l’alimentation. Sans compter le fait qu’une photo ne retransmet que trop peu l’ambiance, la teneur des conversations, la présence d’invités ou la sensation réelle et précise ressentie lors de la dégustation d’un plat. Bref, tout un tas de petits détails que l’on va rapidement oublier, à moins de les coucher sur papier. 

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© The Dinner Book

The "Dinner Book"

Bien heureusement, un article du magazine Quartz nous permet aujourd’hui de nous replonger dans une époque où l’on documentait nos repas dans de petits carnets. Le tout grâce à un somptueux livre paru aux États-Unis en 2010 : Life Is Meals: A Food Lover’s Book of Days. Un ouvrage traduit et publié cinq années plus tard en France sous le titre Chaque jour est un festin.

Écrit par l’auteur James Salter et son épouse Kay Eldredge, il revient sur leurs quarante années de vie commune où l’alimentation a pu jouer un rôle central grâce entre autres à un petit carnet, le Dinner Book, comme le couple l’a nommé dans les années 1970, dans lequel James Salter notait en détail ses festins les plus marquants, ses petits plaisirs gastronomiques et ses anecdotes liées à des repas. 

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Journal intime culinaire 

Tout au long de l’année, il y inscrivait les dates de leurs dîners entre amis, les noms des invités présents, les menus servis – pour éviter de les servir une nouvelle fois aux mêmes convives –, la météo qu’il faisait ainsi que les faits marquants qui avaient pu se dérouler durant la soirée, de la révélation d’une information croustillante à la cuisson ratée d’une viande.

"Jim, qui avait une superbe calligraphie, a commencé à garder une trace de ce que nous avions servi, qui était venu et où il était assis… Il avait même dessiné un petit diagramme de la table." explique Kay Eldredge au magazine Quartz.

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Petit à petit, le carnet est devenu un moyen de faire un compte rendu de leurs repas incluant des détails sur les invités, les disputes qui avaient pu avoir lieu ou les erreurs commises lors du service qu’ils auraient pu éviter. "Lorsque le cahier venait à manquer de pages, il y en avait un autre, puis un troisième. Ils sont devenus une sorte d’archives des histoires autrement oubliées, des couples qui s’étaient séparés, des noms familiers, d’autres difficiles à trouver." 

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Inscrire pour se souvenir 

Le couple évoque même une liste du nom de "Never Together" ("plus jamais ensemble") qui répertoriait les convives à ne plus inviter en même temps. Un moyen concret de coucher sur le papier le "débriefing" d’un repas de famille comme on peut le faire à l’oral dans la voiture sur le chemin du retour.

Non sans rappeler le "journal intime", on voit que ce genre d’introspection et de besoin de séquencer le temps connaît un vrai regain d’intérêt avec le bullet journal. Si vous êtes plus artiste qu’écrivain, inspirez-vous du travail d’Anna Vu, une illustratrice que nous avions rencontrée, qui dessine et documente à la perfection tous les plats et vins qu’elle a appréciés. Ou encore des superbes carnets d’Eliane Cheung, alias Mingou Mango, qui garde une trace virtuelle et écrite des mets qui l’ont marquée.

Par Claire Verriele, publié le 11/10/2019

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