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Le petit déjeuner doit-il vraiment être le repas le plus important de la journée ?

Les lobbys agro-industriels ne sont pas pour rien dans cette idée.

Selon le site Manger Bouger, un bon petit déjeuner doit être composé d’un produit céréalier "tel que du pain complet ou aux céréales ou de céréales pas trop sucrées", d’un produit laitier, d’un fruit (ou d’un jus) et d’une autre boisson. Considéré comme le repas le plus important de la journée par les dires populaires, le petit déjeuner n’a pas toujours connu une telle popularité. On vous explique d’où vient cette habitude désormais inscrite dans le quotidien des Français.

Quand les marques inventent des pratiques

Selon un article du journal Libération sur le sujet, le petit-déjeuner s’est développé durant le XXe siècle, profitant de la révolution industrielle et alimentaire pour se faire une place dans nos habitudes. Avant cela, le matin il était coutume de consommer soit des restes, soit des aliments de son choix. À l'époque, aucun mets spécifique n’était dédié à ce repas, comme c’est le cas aujourd’hui avec les fameuses céréales ou autres biscuits "spécial" petit-déjeuner.

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(© Kellogg’s)

En 1907, un certain Docteur Kellogg met au point une recette de céréales censée combattre les problèmes intestinaux. Sentant son potentiel commercial, les frères Kellogg’s mettent leurs céréales en vente sous le nom de "Corn Flakes".

Dix ans plus tard, la diététicienne Lenna F. Cooper explique dans le magazine Good Health qu'"à bien des égards, le petit déjeuner est le repas le plus important de la journée, car c’est le repas qui nous fait commencer la journée". Seulement voilà, il s’avère que ledit magazine appartient à John Harvey Kellogg et que cette affirmation vient étrangement valider la campagne publicitaire qu’il met en place pour vendre ses céréales.

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Le lobbying scientifique

Selon le sociologue Alain Drouart, la publicité termine d’ancrer les céréales comme l’aliment par excellence du petit déjeuner permettant à ce repas d’entrer dans les pratiques des familles américaines puis, dans une moindre mesure, françaises, quand les céréales Kellogg’s arrivent dans l’Hexagone en 1986.

Côté science, de nombreuses études commencent à voir le petit déjeuner comme un repas miraculeux qui préviendrait l’obésité, les maladies cardio-vasculaires et le diabète. Or, encore une fois, ces études sont souvent liées de près ou de loin à des industriels céréaliers qui les financent en partie.

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Selon la nutritionniste Marion Nestlé, "beaucoup, si ce n’est presque toutes les études qui démontrent que les personnes qui mangent un petit déjeuner sont en meilleure santé et maîtrisent mieux leur poids que celles qui n’en mangent pas sont sponsorisées par Kellogg’s ou d’autres compagnies de céréales".

Un lobbying intense et bien organisé, dénoncé cette année dans une méta-analyse qui a répertorié tous les articles écrits sur le sujet. On apprend alors que le fait de petit-déjeuner n’aurait pas d’incidence sur la prise de poids ou le cholestérol et qu’il n’y a en réalité aucun consensus médical sur le sujet.

Ce repas matinal reste, bien sûr, bénéfique car il apporte de l’énergie mais tout dépend de l’heure à laquelle il est pris et de sa composition. Les céréales sucrées ne sont évidemment pas indiquées pour prévenir la prise de poids, surtout chez les enfants à qui elles sont pourtant souvent destinées. 

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Par Claire Verriele, publié le 22/07/2019

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