Harry Potter à l’école des sorciers (© Heyday Films/1492 Pictures)

Pourquoi on est à cran quand on a faim ?

"C'est pas moi, c'est mon cerveau !"

Quand l’heure du déjeuner approche et que notre ventre commence à gargouiller, le rire de notre collègue est tout de suite plus agaçant que d’ordinaire. Ne vous inquiétez pas, cela ne fait pas de vous une mauvaise personne, c’est juste qu’on est généralement plus facilement sur les nerfs quand la faim nous guette. Ce phénomène à la fois physiologique et psychologique porte le assez-peu-savant nom de "colère du ventre vide" et fait de vous une personne "hangry" – contraction entre "hungry" (avoir faim) et "angry" (être en colère).

Le cerveau en alerte 

Commençons par des explications scientifiques. Si on s’agace aussi facilement quand on a faim, c’est d’abord parce que notre corps ou plutôt notre cerveau est en alerte. Ce dernier ayant impérativement besoin de sucre (de glucose) pour fonctionner, il se met à défaillir quand ses réserves s’amenuisent ce qui explique qu’on soit faiblement efficace, peu concentré et que l’on se contrôle moins avec un estomac vide.

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Pour éviter qu’on se laisse dépérir, notre corps passe en mode "survie" et cherche un moyen d’attirer notre attention pour qu’on se décide à passer à table rapidement. Une étude texane du Health Science Center, relayée dans un article de The Conversation, part du postulat que, pour contrer l’hypoglycémie, notre cerveau envoie des hormones pour faire grimper le taux de glucose dans notre sang. Parmi elles, l’adrénaline et le cortisol qui sont également générées quand on est dans un état de stress ou de peur.

En toute logique, quand on a faim, on se sent alors davantage stressé et agacé, ce qui nous rend tout bonnement irritable. La faim étant déclenchée par les mêmes neurones que celles qui régulent la colère et l’agressivité, les personnes qui se mettent en colère facilement le seront donc aussi assez vite avant leur pause déj'.  

Bad mood, bad decisions 

Comme notre cerveau est en sous régime quand notre vente crie famine, il est courant qu’on prenne des décisions absurdes ou erronées. On serait même tenté de devenir plus violent, de prendre des risques et de s’emporter de manière disproportionnée. Une étude américaine conduite par Brad J. Bushman avait mis à la disposition des partenaires de 117 couples mariés des poupées vaudous représentant leur conjoint·e qu’il fallait piquer en cas d’agacement. Résultat : les pics furent beaucoup plus nombreux au moment où les individus avaient faim et que leur taux de glucose était faible. Entamer une discussion importante ou une dispute le ventre vide n’est donc clairement pas recommandé.  

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Dans un article intitulé "La faim est-elle mauvaise conseillère ?", Youenn Lohéac expliquait par ailleurs qu’il n’est pas non plus conseillé de faire ses courses le ventre vide sous peine de se ruer sur des aliments sucrés, immédiatement rassasiants et de faire moins attention aux prix. Un professeur de la Washington and Lee University avait quant à lui démontré qu’à cause du stress généré par la faim, nos sens sont perturbés et perçoivent mieux les saveurs sucrées, ce qui expliquerait qu’on se rue sur un biscuit avant le repas. 

Le circuit de la récompense 

Un autre facteur peut lui aussi expliquer qu’on s’agace quand on a les crocs : le fait d’assimiler la nourriture à une récompense. En effet, au cours de la vie on assimile le repas à de la positivité car le fait de manger nous apaise et calme nos émotions. Selon une étude française, à force de lier le fait de ne "pas avoir de dessert" à une mauvaise conduite ou de manger un pot de glace pour se consoler après une rupture, on associe la nourriture à un calmant pour nos émotions négatives et on finit par avoir du mal à se "contrôler" sans accès à celle-ci.

Cela peut même se transformer en une véritable dépendance au sucre ou à la nourriture. Le fait de ne pas manger crée alors une frustration et donc de l’énervement quand l’individu n’a pas accès à ce qui lui procure du plaisir immédiat, ce qui peut conduire à des troubles du comportement alimentaire. 

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Entre une réaction de survie et un inconfort psychologique, l’appel du ventre joue sur notre comportement mais cela n’est que passager car le cerveau finit par aller chercher dans ses réserves de graisses pour les transformer en glucides et ainsi continuer à fonctionner. Si on est sujet à l’emportement, en cas de fringale on pense à manger un encas et on attend quand même plutôt quatorze heure pour passer un coup de fil important, histoire d’être sûr que les estomacs et les esprits soient calmés. 

Par Claire Verriele, publié le 15/11/2019

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