La mafia italienne, toujours plus puissante dans le monde de l’agroalimentaire

Tomates, mozzarella blanchie au soda et miel coupé au sirop de riz.

© Sky/Canal+

Plus que jamais, la mafia conserve son emprise sur l’industrie agroalimentaire italienne. Si le phénomène est connu depuis de très nombreuses années, son ampleur est aujourd’hui quantifiable grâce au rapport annuel réalisé par la Coldiretti, le syndicat des agriculteurs italien, son observatoire sur la criminalité dans l’agroalimentaire et l’institut de recherche Eurispes. Restaurants, exploitations agricoles, troupeaux, transport de marchandises, rien n’échappe à cette étude qui se focalise sur les activités des trois grandes mafias italiennes — la Camorra (dans la région de Naples), la 'Ndrangheta (Calabre) et la Cosa Nostra (Sicile).

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En 2018, les trois principales organisations criminelles installées sur le territoire italien ont ainsi engrangé un chiffre d’affaires de 24,5 milliards d’euros – soit une hausse de 12,4 % par rapport à 2017. "Une croissance qui semble ne pas souffrir de la stagnation de l’économie italienne et internationale", dit le rapport. À titre de comparaison, en 2014, le pactole s’élevait déjà à 14 milliards d’euros. "Ce réseau criminel s’intègre parfaitement à la filière de la nourriture, de sa production au transport, de la distribution à la vente." Et les applications concrètes de leur influence sont nombreuses : abattoirs clandestins, mozzarella blanchie au soda, poisson "rafraîchi" aux produits chimiques ou miel coupé au sirop de riz.

La mafia est ainsi présente dans tous les secteurs de l’agroalimentaire (légumes, fruits, mais également viande et poisson) et surtout sur toute la chaîne que ces produits vont traverser avant d’arriver dans les assiettes des Italiens. "De cette manière, ils détruisent la concurrence et le marché libre légal, étouffant les entrepreneurs honnêtes", note le rapport. En 2017, un livre-enquête avait justement fait toute la lumière sur la mainmise des clans mafieux sur l’industrie de la tomate en Italie. En cause : un manque de contrôle aux douanes, les rares contrôles sur le port de Salerno, au sud de Naples, l’un des points névralgiques de l’import-export italien et la très belle image dont bénéficient les produits "made in Italy", résumait Le Parisien.

Par Robin Panfili, publié le 18/02/2019

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