Raconter en images la culture kebab, le projet délicieusement inspirant de Tchane

Raconter en images la culture kebab, le projet délicieusement inspirant de Tchane

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(© Club Sandwich)

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Par Pharrell Arot

Publié le

L’évidence : on a parlé kebab autour d’un kebab.

Premiers émois de liberté entre midi et deux, lieu de rencontre et symbole d’une Europe cosmopolite, le kebab du coin de la rue est un pilier de la culture food. Pour célébrer son histoire, ses kiffeurs et ses acteurs, Tchane a lancé le “Kebab Project”, un crowdfunding pour réaliser un livre en l’honneur de la viande qui tourne sans cesse. À quelques heures de la fin de son appel au financement participatif et à 800 euros du but, on a déjeuné avec Tchane, et vous vous doutez bien de ce qu’on a mangé.

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Quittant sa Turquie natale à 14 ans pour Paris, le garçon d’à peine 27 ans aux doigts tatoués et au physique longiligne rayonne de bienveillance. Après avoir parlé en turc avec les cuistots derrière le comptoir, Tchane nous installe au fond du restaurant, place stratégique pour une vue d’ensemble, avec le grand miroir reflétant la salle jusqu’au comptoir derrière lequel deux broches de viandes tournent en continu.

“C’est un peu mon bureau ici”

La déco est typique, presque générique tout en restant dans son jus : peinture d’une vue d’Istanbul aux perspectives douteuses, vieille carte de la ville, et les mêmes chaises et tables que dans les autres établissements du genre. Cette ambiance, chaleureuse, est le cocon parfait pour les différents clients. Kids entre deux cours, ouvriers, gourmets, on est tous des kiffeurs de kebab.

Club Sandwich | Entre deux bouchées, tu nous racontes un peu ton parcours ?

Je m’appelle Cagan Tchane Okuyan, j’ai 27 ans et j’ai passé la moitié de ma vie entre Paris et Istanbul. Je suis né à Adapazari, une petite ville à 2 heures à l’est d’Istanbul. C’est avec mon grand-père, qui est chef kebab depuis plus de 60 ans, que mon histoire avec le kebab a commencé. J’ai immigré en France il y a donc 14 ans, et c’est au collège que j’ai connu le “kebab européen”. C’était accessible, même avec rien dans la poche. Pour 5 euros à l’époque, je me sentais chez moi. Je suis peut-être né turc, mais la France, c’est mon pays.

C’est quoi l’histoire du Kebab Project ?

C’est avant tout un livre de photos, un storytelling, des histoires d’immigrations autour de broches qui tournent depuis plus de 40 ans en Europe. C’est le premier livre qui raconte le parcours du kebab depuis qu’il a quitté la Turquie au début des années 1960 : les chefs de kebab, les kebablovers et ces lieux super authentiques avec des néons, une télé au fond et les photos du bled sur les murs. C’est aussi un pas vers un documentaire-fiction que je suis en train d’écrire.

Tu parles beaucoup des personnages qu’on croise dans les kebabs, les chefs, les clients, ils ont tous des histoires incroyables.

Il y a Huseyin, par exemple, l’un des chefs kebab parisiens, son histoire me touche énormément. Il était SDF quand il est arrivé en France illégalement. Parcours difficile, ne parlant pas le français, il est tombé dans la drogue et l’alcool. Heureusement, il finit par se faire adopter par Metin qui tient un kebab dans le 10e. Il le prend sous son aile et lui apprend le métier. Maintenant, Huseyin a son propre resto de kebab. Il y a des tas d’histoires dans ces kebabs, avec tous ces exilés politiques turcs, kurdes ou syriens qui sont devenus chefs. C’est notre troquet à nous, on parle de tout, et ces chefs sont des ambassadeurs de notre culture.

 
On commande quoi quand on arrive dans un nouveau kebab ?
 
Demandez un thé turc comme boisson, ça leur fait plaisir ça ! Regardez les yeux de ces hommes près du feu, regardez les photos orientalistes sur les murs, ces lieux et ces hommes ont de vraies histoires à raconter.
 
Finalement, le kebab, c’est un truc qui nous unit tous ?
 
Ce sandwich, inventé à Berlin par la communauté turque allemande, est devenu au cours des années 2000 un incontournable de la cuisine urbaine européenne. Peut-être même le plat street food le plus hype aujourd’hui. Tout le monde mange des kebabs, les étudiants, les chômeurs, les fêtards, toi, moi.
 
Il reste quelques heures pour participer au crowdfunding du Kebab Project sur KissKissBankBank.