Par Clara Le Naour

De très nombreux Bretons, amoureux du patrimoine culinaire de la région, s’exilent au bout du monde pour faire partager leur passion et leur culture.

© Breizh Café Montréal

Les Bretons et les crêpes, c’est une grande histoire d’amour. Alors, de nombreux crêpiers en herbe sont prêts à quitter leur terre natale pour servir des galettes à l’autre bout du monde. On a recueilli quelques témoignages de ces expériences hors du commun.

La crêperie Yec’hed Mat à Séoul

Arnaud Landrin est originaire de Guénin, dans le Morbihan, et il a décidé d’ouvrir sa crêperie à Séoul, en Corée du Sud.

Club Sandwich : Pourquoi avoir ouvert une crêperie à Séoul ?

Arnaud : Je suis parti à l’étranger avec un diplôme de crêpier en poche en 2009. J’ai d’abord travaillé 4 ans dans deux crêperies en Nouvelle-Zélande, puis j’ai décidé d’ouvrir mon propre business. Je me suis marié avec une Coréenne. Installer ma crêperie à Séoul est donc apparu pour moi comme une évidence.

Comment s’est passée votre installation ?

Les Coréens ne sont pas les plus grands amateurs de crêpes salées et ils ont des coutumes différentes. Tout a été très intense. Avec ma femme, on a travaillé à fond pendant deux mois pour que tout soit prêt pour l’ouverture.

Quel a été le plus gros challenge à relever ?

Peut-être de m’adapter à la cuisine et à la clientèle locales. J’ai par exemple créé une crêpe fusion avec du kimchi. Mais la crêperie est un succès, on a beaucoup de monde, notamment des Français de Corée qui veulent manger des crêpes de bonne qualité. Si c’était à refaire, je me lancerais à nouveau sans hésitation !

Le Breizh Café à Montréal

© Facebook Breizh Café Montréal

Originaire de Rennes, capitale de la Bretagne, et diplômé de l’école hôtelière de Dinard, Frédéric Coupard a passé quelques années à travailler dans des hôtels parisiens, avant de venir s’installer à Montréal et d’ouvrir son Breizh Café. Cela fait maintenant 15 ans qu’il y est, et pour lui, vivre à Montréal, c’est vivre en Amérique du Nord tout en parlant français.

Club Sandwich : pourquoi avoir ouvert une crêperie à Montréal ?
Frédéric : en tant que Breton d’origine, quoi de plus naturel que d’ouvrir une crêperie bretonne ?! Je souhaitais aussi faire découvrir la cuisine et la culture bretonne ici. À Montréal, il y a une forte communauté française, et donc une clientèle potentielle.

Comment s’est passée votre installation ?
Dans l’ensemble, l’installation s’est bien passée, même si ouvrir un restau à Montréal est toujours un défi (ici, un restau sur deux ne survit pas plus de 3 ans !) Les Québécois connaissent bien les crêpes en général et ont eu des réactions très positives.

Comment vous êtes-vous adapté à la cuisine locale ?
Les Québécois adorent le sirop d’érable, et ils aiment en rajouter sur leurs crêpes, même sur leurs crêpes salées ! Les habitudes sont différentes ici, ils mangent à toute heure de la journée. En Bretagne, quand on va manger dans une crêperie, on mange au moins une crêpe salée et une sucrée. Ici, les gens ne commandent qu’une assiette, donc on a mis en place deux tailles de crêpes salées (normale et grande). Ma spécialité reste la complète (galette de sarrasin œuf-jambon-fromage) !

Est-ce que vous le referiez ?
Je le referais sans hésitation ! Ma plus grande fierté, c’est d’être toujours ouvert après 4 ans d’existence. Je pense avoir atteint mon objectif et être devenu une référence en matière de crêpe bretonne à Montréal.

La Crêperie à Hô-Chi-Minh-Ville

© La Crêperie Saigon

Patrice Ropers est copropriétaire de La Crêperie, à Hô-Chi-Minh-Ville (Saigon). Il a travaillé une vingtaine d’années dans l’immobilier, a été chef d’entreprise puis cadre supérieur. Il est parti loin de sa Bretagne natale pour donner un autre sens à sa vie.

Club Sandwich : pourquoi avoir ouvert une crêperie à Saigon ?
Patrice : En 2013, juste après avoir quitté mon emploi, je suis parti en vacances au Viêt Nam, le pays natal de ma femme. Je me suis vite rendu compte que je voulais apporter à ce pays un peu de la culture culinaire française. En rentrant en France, j’ai préparé ma reconversion et obtenu un CAP boulangerie, et en juillet 2015, on a déménagé à Saigon avec toute la famille pour commencer une nouvelle aventure. En 2016, j’ai rencontré Philippe Ricard avec qui je me suis associé. Nous sommes tous les deux Bretons et on a décidé d’ouvrir ensemble La Crêperie Saigon, qui a vu le jour en 2017.

Comment vous êtes-vous adapté aux coutumes locales ?
Au Viêt Nam, la culture est majoritairement bouddhiste, on respecte beaucoup les traditions, alors on a installé un autel au sein du restaurant. Des offrandes sont renouvelées chaque semaine.

Un conseil à donner à quelqu’un qui voudrait ouvrir un restau à l’étranger ?
Pour une personne qui souhaite s’installer à l’étranger, le plus important est de se constituer rapidement un réseau multiculturel, de préférence avec des locaux. Cela permet de vivre ses projets de manière plus réaliste. Ensuite, il faut travailler très dur, être multitâches et accepter les échecs avant d’envisager le succès. Il faut compter en grande partie sur soi et rester humble et à l’écoute des autres.

Si vous aussi, vous êtes breton et vous avez ouvert une crêperie à l’étranger, envoyez-nous votre témoignage.