À la rencontre du collectif qui veut vous faire danser un kebab à la main

Le collectif Sauce Blanche transforme votre kebab préféré en boîte de nuit ou en salle de concert.

© Louis Lepron pour Club Sandwich

Danser, c’est bien. Manger, c’est bien aussi. Alors faire les deux en même temps… Depuis quelques mois, le collectif Sauce Blanche s’est mis en tête de réveiller en musique ton kebab de quartier préféré. À l’origine de l’initiative, Sophie, Juliette et Mathilde, à qui l’on a donné rendez-vous dans l’un des meilleurs kebabs de la capitale, Les Délices d’Amour, pour discuter du projet… et de la composition du kebab parfait. Entretien.

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Club Sandwich | Pour commencer, qui êtes-vous ?

Sophie | J’ai 24 ans, je suis diplômée d’un master en management culturel et je travaille comme programmatrice pour le bar-club-restaurant La Rotonde à Paris.

Mathilde | J’ai 24 ans aussi, j’ai le même diplôme, mais moi je travaille dans la production de l’image dans la mode.

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Juliette | J’ai 25 ans et j’ai rencontré les filles dans le même master. Je travaille dans la communication pour l’agence Super!, qui organise des concerts et plusieurs festivals.

© Collectif Sauce Blanche

Comment est né le projet ?

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Mathilde | Le collectif existe réellement depuis un peu moins de deux ans, en 2017. On voulait monter un truc ensemble autour de la musique, mais on ne savait pas vraiment quoi. Alors on s’est retrouvées un soir à La Bonne Bière, un bar dans le 11e arrondissement de Paris pour en discuter. On a bu, un peu, beaucoup, et le projet est né.

Sophie | C’est faux, on n’a pas tant bu que ça.

Juliette | On était assises en terrasse et on a aperçu un kebab, juste en face. On a vu ce lieu où il n’y avait pas grand monde, on réfléchissait à ce qu’on aurait pu proposer d’original et l’idée s’est imposée d’elle-même. On s’est dit qu’il y avait un truc à faire autour de la culture et de l’imagerie du kebab, les néons, les couleurs. C’est décalé, personne n’a jamais fait ça et ça pouvait plaire aux artistes qu’on inviterait.

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"Les kebabs sont des lieux qui ferment à deux ou trois heures du matin, des lieux où il ne se passe plus rien à partir d’une certaine heure. Alors pourquoi ne pas les égayer un peu ?"

Sophie | En fait, le collectif s’est formé à ce moment-là, mais n’a pas été actif tout de suite. On avait une discussion Facebook sur laquelle on parlait beaucoup, tous les jours, mais il ne se passait rien. Un jour, on a eu l’occasion d’aller mixer au festival d’un pote dans le Perche, et ça a été une sorte de déclic. Ça nous a motivées à remonter le collectif à 100 % et on s’est mises à démarcher des kebabs.

© Collectif Sauce Blanche

C’est un lieu assez peu commun pour organiser des soirées.

Mathilde | C’est vrai. Le truc c’était de se dire que les kebabs sont des lieux qui ferment à deux ou trois heures du matin. C’est un lieu où il ne se passe plus rien à partir d’une certaine heure. Généralement, il n’y a pas grand monde, alors pourquoi ne pas égayer ces lieux un peu morts à partir d’une certaine heure.

Juliette | Et puis on est fan de disco, dont l’imagerie se lie pas mal à celle du kebab. De là est née l’idée de "Disco Kebab".

Comment on fait pour démarcher un kebab et lui demander de transformer son restaurant en salle de concert ?

Juliette | La première soirée, on l’a organisée dans le kebab qui nous a donné l’idée du projet.

Sophie | On était parties démarcher plein de kebabs, on a pris plein de vents. Et là, on s’est dit : "Mais pourquoi ne pas aller dans celui où tout a commencé." On lui a proposé, il a dit : "OK !"

© Collectif Sauce Blanche

Et comment ça s’est passé ?

Mathilde | Bon, quand le gérant nous a vues installer le décor, les installations sonores… Je pense qu’il n’a pas forcément bien compris ce qu’on voulait faire.

Sophie | Au début, il pensait qu’on voulait organiser un anniversaire ou un mariage.

Mathilde | C’est d’ailleurs ce jour-là que j’ai appris que des gens se mariaient dans des kebabs.

Juliette | C’était un peu le flou dans la tête du gérant, en effet. Mais dès que la soirée a commencé, les cuisiniers se branchaient en Facebook Live et prenaient des photos. Le gérant, le public, les artistes, tout le monde a joué le jeu et ça a donné un super résultat. L’idée était de faire se rencontrer deux univers, et c’était plutôt réussi.

Et les artistes ?

Juliette | Pour cette première soirée, le défi c’était effectivement de le vendre et de convaincre les artistes. C’était marrant car ils ne savaient pas trop ce qu’il allait se passer. La première était gratuite, et ça a bien marché.

© Collectif Sauce Blanche

Trouver un kebab prêt à vous accueillir, c’est compliqué ?

Sophie | Les artistes, quand on leur en parle, ils sont partants. Mais la recherche de lieux est autrement plus compliquée. On arrive à trois nanas dans un kebab, parfois ils ne nous regardent même pas. Alors, soit on prend des gros vents, soit ils adorent l’idée, ils nous kiffent, et ils vont agrandir le kebab pour qu’on revienne.

Mathilde | Il y a des contraintes techniques aussi. Par exemple, tout ce qui est groupe avec batterie, c’est mort. Alors, on s’adapte, mais on propose toujours des concerts en live – guitare, basse, clavier… L’idée c’est de venir à nos soirées comme tu irais à La Maroquinerie voir un concert : il y a une vraie programmation, des artistes… et tu peux même manger en même temps.

C’est quoi la suite ?

Mathilde | On va continuer les soirées et essayer de faire découvrir des groupes émergents qu’on aime bien.

Sophie | Trouver un kebab qui dise "oui", déjà. Il y a peut-être mille kebabs à Paris, mais peu qui peuvent accueillir des soirées. Il faut que l’espace fonctionne, que l’on puisse stocker les tables et les chaises.

Juliette | Voilà, on aimerait bien trouver des kebabs plus grands. C’est un peu frustrant d’avoir une capacité limitée, il y a souvent des déçus qui ne peuvent pas venir, faute de place suffisante.

© Collectif Sauce Blanche

Et sinon, il est comment le kebab parfait ?

Sophie | Déjà pas de tomates, car ça mouille le pain. Une viande bien grillée et de la sauce pas que dans le fond du pain, par-dessus la viande aussi. Pour la sauce, j’ai un faible pour le sauce andalouse car j’ai vécu en Belgique [où la sauce est née, ndlr], mais sinon, c’est sauce blanche-mayo.

Mathilde | J’accepte les tomates, moi. Sinon, sauce blanche classique et des frites pas trop grosses pour qu’elles restent croustillantes.

Juliette | Sauce blanche-ketchup. Pas de tomates, je n’aime pas les tomates, c’est farineux, les tomates. Et les frites, pourquoi pas dans le sandwich une fois de temps en temps ?

Et votre adresse préférée ?

Sophie | Pour cette question, on est toutes d’accord. C’est le restaurant kebab La Paix (52 rue Godefroy-Cavaignac), dans le 11e arrondissement.

Pour ne pas rater la prochaine soirée, n’hésitez pas à suivre le collectif Sauce Blanche sur Instagram.

À lire -> Mais pourquoi appelle-t-on le chef de kebab, "chef" ?

Par Robin Panfili, publié le 28/01/2019

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