"Foodporn", histoire d’un hashtag qui fait monter la température

Que se cache-t-il derrière le "foodporn", mot-dièse mentionné plus de 130 millions de fois sur Instagram ?

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Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le foodporn n’est pas né des réseaux sociaux. Son histoire est bien plus complexe qu’un simple hashtag. En 1977, par exemple, le New York Review of Books rédige un compte-rendu sur un livre de cuisine de Paul Bocuse. Le terme gastroporn est alors utilisé pour décrire ces images de gastronomie lyonnaise dégoulinantes de gourmandise.

D’après le dictionnaire, la pornographie est définie comme la présence de détails obscènes dans une œuvre artistique. Le foodporn, c’est pareil. Une représentation des aliments qui vire à l’érotisme. Mais attention, le foodporn n’est pas lié aux pratiques sexuelles à proprement parler. C’est un phénomène plus complexe. Qu’on se le dise, étaler de la crème chantilly sur le torse de son amant n’est pas du foodporn.

On se fait un petit caprice ?

Les premiers à s’être lancés dans la mise en scène à outrance de la food sont les publicitaires. Dans ces films, les réalisateurs mettent en avant un fromage ou une crème glacée de façon ultraretouchée et sous une lumière flatteuse. Comme dans une scène pornographique, il s’agit bien souvent de quelque chose que l’on ne pourrait pas reproduire ou retrouver chez nous. La bouffe est starifiée, exagérée, sublimée. Elle est mise en avant de façon quasi érotique avec des courbes très esthétiques, bref, bien loin de la réalité.

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McDonald’s (entre autres) est célèbre pour respecter les codes du foodporn dans la publicité de ses burgers, qui ressemblent à tout sauf à des œuvres d’art une fois sur nos plateaux.

Photographie d’une frénésie

Le culte visuel du foodporn a gagné ses lettres de noblesse grâce à l’explosion des réseaux sociaux et surtout d’Instagram : le média par excellence où se concentrent voyeurs et exhibitionnistes. Entre ceux qui agissent et ceux qui se rincent l’œil, l’excitation est poussée à son paroxysme.

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En prenant de plus en plus de plaisir à photographier tout ce qui va entrer dans notre bouche, les images de bouffe se sont multipliées. Des clichés de nos souvenirs de vacances se transforment en une orgie culinaire faite de couleurs et de textures yummy. Nous nous retrouvons vite piégés entre burgers bien dégoulinants de fromage, pizzas gargantuesques, nachos noyés sous les toppings ou encore pancakes généreusement nappés de sirop d’érable… Pour être un bon acteur de foodporn, un aliment doit souvent être gras et vulgaire. À la tête du classement, on retrouve la mozzarella fondue et l’œuf mollet avec son jaune coulant.

Et c’est comme ça que le soir dans son lit, on binge-watche des séries de photos plus alléchantes les unes que les autres.

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Un plaisir interdit

Mater du foodporn est un plaisir coupable que l’on s’accorde le plus souvent seul, quand on a la dalle. Un instant où l’on s’immerge dans un culte de la bouffe qui, à la manière du porno, provoque l’excitation. Une scène culinaire superbement représentée et provocante qui vous donne immédiatement l’envie de crier : "Oh oui, encore !" Avant de vous plonger dans un étrange sentiment de culpabilité. Enfin, un cinq à sept de foodporn qui aiguise notre appétit et nous plonge dans une perpétuelle recherche de la bouchée parfaite.

Un substitut au sexe ?

On peut enfin se demander si le plaisir du foodporn n’aurait pas rattrapé chez certains millennials le véritable plaisir sexuel. Moelleuse, chaude, coulante… À force d’être érotisée, la bouffe est devenue un objet de luxure. Il est par exemple courant de voir quelqu’un mettre une cuillère dans sa bouche et crier à l’orgasme culinaire. D’après la sexologue Magali Croset-Calisto, ce n’est pas juste une envolée lyrique mais un vrai acte de jouissance : "L’orgasme culinaire est une érotisation maximale de la sphère buccale. Retour au plaisir oral par excellence, les papilles gustatives retrouvent l’âge d’or de la succion infantile où la sexualité se vit de manière étayée."

Alors si la bouffe peut produire des sensations similaires au sexe, le foodporn pourrait bien devenir une véritable pratique érotique.

Par Pauline Giacomini, publié le 17/08/2017

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