Une semaine pour réduire ses déchets quand on habite en ville

Le temps d’une semaine, nous avons testé sept gestes archi simples – un par jour – pour tenter de réduire nos déchets. Bonne nouvelle : les adopter n’a pas bousculé notre quotidien et si on s’y mettait à plusieurs, la planète nous dirait merci.

Depuis 2011, Antoine Repessé conserve les emballages des produits qu’il consomme. Tous ces déchets se retrouvent au cœur d’une série de photos qui attire l’attention sur le gaspillage et la société de consommation (© Antoine Repessé)

Depuis 2011, Antoine Repessé conserve les emballages des produits qu’il consomme. Tous ces déchets se retrouvent au cœur d’une série de photos qui attire l’attention sur le gaspillage et la société de consommation (© Antoine Repessé)

Il n’est pas toujours évident de réduire sa production quotidienne de déchets. L’une des principales raisons est que nous ne nous rendons tout simplement pas compte à quel point nous en produisons. En particulier en ce qui concerne la nourriture : souvent à emporter, trop emballée, mal ou pas du tout triée, voire gaspillée … Prenez le temps d’observer ce que vous laissez chaque jour derrière vous, et vous serez certainement surpris du résultat. Alors, au lieu de nier l’évidence ou de se flageller, autant passer à l’action. Voici sept conseils pour transformer vos petits gestes du quotidien en attitudes responsables et respectueuses de l’environnement.

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J1 : Lundi, le café à emporter sans polluer

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Vous êtes-vous déjà demandé combien de gobelets en plastique ou en carton nous utilisons chaque année pour trimbaler notre cappuccino, ou autre latte macchiato ? Issue de la culture take-away, la fameuse cup à usage unique, qu’elle soit en carton ou en plastique, est l’une des inventions les plus emblématiques du gaspillage de notre siècle : sa durée de vie moyenne est estimée à 20 minutes seulement. Si bien que certaines villes comme la municipalité de Vancouver envisagent sérieusement de bannir l’objet très prochainement.

Devenus esclaves de cette invention si pratique, nous en aurions presque oublié qu’il existe une solution toute bête (et plus jolie) : la cup réutilisable ! En bois pour l’option la plus écolo (sinon en verre ou, cas échéant, en plastique), l’objet se vend partout, avec une possibilité de design infini, et à prix mini (rarement plus de 10 euros). Pour les timides qui ont peur de se faire rembarrer par le commerçant, sachez que pour eux "cela ne change rien" dixit la boulangère qui a pris ma cup sans même relever ma demande. Si le geste est encore minoritaire en France, sachez que dans beaucoup de pays, notamment aux Etats-Unis, c’est désormais un réflexe ! Qu’attendez-vous pour suivre le mouvement ?

Le café à emporter dans une cup réutilisable en bois (©Jeanne Pouget)

Le café à emporter dans une cup réutilisable en bois (©Jeanne Pouget)

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J2 : Mardi, on passe en mode tri

Si vous n’avez pas très bien compris les subtilités – et il y en a – du tri sélectif, et que vous êtes désemparés face aux emballages, piles, médicaments, pots de peinture, jouets et autres textiles, l’application gratuite Le Guide du tri 3.0 est faite pour vous ! Il vous suffit de taper l’emballage ou objet qui vous rend coi et en un clin d’œil, le guide éco-emballage vous indique la poubelle appropriée ou le point de collecte le plus proche. Le plus : son service de géolocalisation identifie la bonne couleur de poubelle selon la commune où vous vous trouvez. Une solution écologique, économique et solidaire pour recycler, donner ou revendre.

J3 : Mercredi, on fait ses courses sans emballages

A l’heure du sac réutilisable en tissu, l’obsolescence du plastique apparaît comme une évidence. Dans le cadre de la loi sur la transition énergétique, les sacs en plastique à usage unique distribués en caisse sont (enfin) interdits depuis le 1er juillet 2016, une mesure qui sera étendue aux sachets destinés aux fruits et légumes à partir de Janvier 2017. Et il était temps : selon le gouvernement, chaque année, 5 milliards de sacs fins en plastique sont distribués aux caisses et 12 milliards aux rayons fruits et légumes, dont une partie finit sa course dans les océans.

Certaines enseignes jouent le jeu mais ce n’est malheureusement pas encore le cas de toutes. Si les supermarchés bio sont passés depuis longtemps aux sachets en papier, les petites surfaces, les petits commerces et les commerçants sur les marchés ont encore trop tendance à mettre d’office le moindre produit dans un sac en plastique. La solution est simple comme bonjour : se munir de son petit sac en tissu et refuser systématiquement les sacs en plastique.

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Saviez-vous qu’aux Etats-Unis il existe des magasins 100% sans emballage ? Chacun ramène ses propres conteneurs, bocaux et autres flacons et hop, le tour est joué. Une expérience similaire baptisée Biocoop 21 a vu le jour dans le dixième arrondissement à Paris à l’occasion de la COP21. Destinée à être éphémère, elle ne s’est malheureusement pas pérennisée.

Pourquoi en pas adopter ces jolis sacs en tissu recyclables spécialement designés pour disposer vos fruits et légumes? (©Zero Waste Home Store)

Pourquoi ne pas adopter ces jolis sacs en tissu recyclables spécialement conçus pour l'achat des fruits et légumes et autres oléagineux, graines et céréales  ? (©Zero Waste Home Store)

J4 : Jeudi, l’épreuve du dej au bureau sans déchets (ou presque)

13 heures, c’est la pause dej’ au bureau (enfin à Konbini c’est plutôt 14 heures mais passons …). Quand certains apportent leur propre lunch box, d’autres se font livrer ou vont chercher leur repas à emporter dans les alentours. Boulangerie, sushis, fast-food … Le déjeuner à emporter est souvent plébiscité dans les petites et moyennes entreprises ne disposant pas de cantine. Or, qui dit à emporter dit souvent abondance de boîtes, pots à sauces, couverts et autres sacs … en plastique !

En plus de privilégier les restaurateurs proposant des emballages en carton recyclables, plusieurs options sont possibles : refuser les couverts en plastique en faveur de ceux que votre entreprise vous fournit certainement en version métal (en plus c’est plus agréable), récupérer les boîtes en plastique pour les réutiliser, refuser les sacs plastique et prendre votre boîte à la main ou n’utiliser qu’un seul sac pour plusieurs (que vous garderez pour en faire un sac poubelle). PS : les restes, ça se conserve !

Quand mes collègues commandent japonais à emporter ... ça fait beaucoup de plastique emballé dans beaucoup de plastique ... (© Jeanne Pouget)

Quand mes collègues commandent japonais à emporter ... ça fait beaucoup de plastique emballé dans beaucoup de plastique ... (© Jeanne Pouget)

J5 : Vendredi, on apprend à affirmer ses choix

Que ce soit auprès des commerçants ou de ses collègues, réduire ses déchets est avant tout une question d’attitude, et celle-ci tient beaucoup à l’affirmation de ses choix. Dire non à un commerçant qui vous tend vos courses déjà emballées dans un sac plastique alors que vous n’en n’avez pas besoin, encourager ses collègues à partager le même sac pour emporter votre repas du midi …  Savoir dire non apparaît souvent comme le premier pas à franchir pour adopter une nouvelle démarche. Et n’ayez crainte, personne ne vous en voudra, à partir du moment où vous refusez quelque chose avec le sourire !

J6 : Samedi, on s’informe à des événements

Du 30 juin au 2 juillet, le Cabaret Sauvage du Parc de la Villette a accueilli le premier Festival Zero Waste (Festival du zéro déchet), auquel ont été conviés plus de 5000 participants : citoyens et collectivités, associations et entrepreneurs. Une belle occasion d’en apprendre plus sur le sujet, de faire des rencontres enrichissantes et de découvrir de nouvelles initiatives à travers cinquante ateliers pratiques pour passer à l’action, ainsi que des conférences et des débats. Un programme dense et pointu avec des intervenants de qualité, et plein de découvertes : des représentants de villes pionnières du zéro déchet (San Francisco, Parme et Roubaix), la visite d’un appartement témoin engagé dans le zéro déchet, ou encore la rencontre avec des auteurs et réalisateurs engagés. C’est souvent de rencontres avec des personnes inspirantes que l’on se sent à notre tour inspirés et motivés.

Voici les déchets de la famille Johnson pour l’année 2015 : tout tient dans un bocal d’un demi-litre! (©Béa Johnson)

J7 : Dimanche, on se détend et on s’inspire de ceux qui montrent la voie

Quand on est novice, autant commencer par le commencement. Alors quoi de mieux que de profiter du week-end pour s’emparer du problème de façon ludique et créative. Si vous êtes plutôt livre, nous vous conseillons la lecture du best-seller Zéro déchets de la bloggeuse franco-américaine Béa Johnson installée aux Etats-Unis depuis 20 ans. Sorti en 2013, le livre issu de son blog éponyme aux 8 millions de vues relate son changement de vie radical lorsqu’il y a 6 ans elle part s’installer à San Francisco avec sa famille : du consumérisme américain à outrance elle passe à un mode de vie strict tendant vers le zéro déchet. Une nouvelle façon de consommer qui lui permettrait aujourd’hui de faire jusqu’à 40% d’économies.

Si vous êtes plutôt film et que vous le l’avez pas encore vu, procurez-vous Demain, co réalisé par Mélanie Laurent et Cyril Dion et récompensé cette année par le César du meilleur documentaire. Véritable bouffée d’air frais plébiscitée par plus d’un million de spectateurs, l’épopée parcourt dix pays à la rencontre de citoyens lambda qui prouvent que des solutions existent et qu’un monde plus écologique est possible. De quoi aller se coucher avec le sourire et entamer sa semaine, pleins de bonnes résolutions.

En définitive, réduire sa production de déchets n’a absolument rien de sorcier. Une attitude responsable tient le plus souvent de l’affirmation de ses convictions dans des scènes du quotidien : par exemple, ne pas s’emparer d’un sac parce que l’on nous l’a donné et que l’on a "la flemme" de le refuser. En somme, il ne tient qu’à nous de nous débarrasser de nos habitudes de consommation souvent liées à la facilité, sans pour autant revenir à l’âge de pierre. Affirmer ses propres choix avec le sourire est la première pierre d’un changement plus profond que l’on souhaite pour la société.

Par Jeanne Pouget, publié le 05/07/2016

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